mardi 24 mars 2015

Le succès du Yemen - Quand un Navy SEAL est beaucoup plus mesuré qu'un président

"This strategy of taking out terrorists who threaten us, while supporting partners on the front lines, is one that we have successfully pursued in Yemen and Somalia for years."
 
 
Le président Obama doit peut-être se mordre les doigts de ne pas avoir fait preuve de plus de mesure dans son appréciation de la situation au Yémen, peu de temps avant la fuite du président en exercice, la tenue d'une rive du détroit stratégique de Bab al-Manded par les Houthis, le récent retrait des dernières forces spéciales américaines et britanniques (et de certains services français ?), la fermeture de la majorité des ambassades, la (mortelle) course entre l'EI et AQPA par attentats interposés, etc.
 
 
Ce qui est dit est dit, et la mention de "successfully pursued" risque de lui coller à la peau. Plus intéressante est sans doute l'appréciation de la stratégie mise en œuvre, notamment dans le cadre des efforts internationaux actuels visant à contenir (plus que réduire ou neutraliser) des menaces à l'encontre d'intérêts américains, mais également en partie français. Comme organisation "apprenante" et attirée mimétiquement par des modèles étrangers, il n'est pas inutile de se pencher sur cet exemple.
 
Pour en tirer des leçons et mettre en perspective, l'entretien publié par le réputé "Combating Terrorism Center" (CTC) de West Point est de ce point de vue extrêmement éclairant alors que les militaires français sont engagés en Irak dans une mission, que les responsables politiques espèrent eux aussi à l'empreinte réduite, en menant à la fois des opérations spéciales (formation et combat), des missions aériennes (renseignement et frappes) et de la formation via des unités conventionnelles.
 

lundi 23 mars 2015

Très recommandé ! Paroles de soldats - Les Français en guerre (1983 - 2015)

Une vraie claque pour certains témoignages...
 
D'autres en ont bien mieux parlé que tout ce que je pourrais dire, et je ne rajouterais que pas grand chose aux fiches de lecture déjà parues (cf. ici, ou encore ), mais, sincèrement, l'ouvrage "Paroles de soldats - Les Français en guerre", paru récemment chez Tallandier, ne peut être qu'hautement recommandé.
 
 
A celui qui souhaite s'engager et voudrait en savoir plus au-delà des brochures, à celui qui ne comprend plus le "petit quelque chose de différent" de son proche de retour d'opérations, à l'historien à la recherche de matériaux quasi primaires, à l'intéressé qui recherche un livre sortant du "déjà-vu" avec des points de vue exotiques et rarement lus (le plongeur-démineur en Libye par exemple), etc.
 

mardi 17 mars 2015

Irak - Qui sont les nouveaux élèves et frères d'armes des militaires français ? (Partie 2) (+MAJ)

En collaboration avec Arnaud Delalande (AéroHisto)
 
Après avoir présenté dans une première partie la 6ème division des forces terrestres irakiennes, il sera abordé les deux autres types d’unités auprès desquelles les militaires français dispensent actuellement une assistance militaire.

L’ICTS, une pointe de diamant à régénérer

Deux détachements d’instruction opérationnelle (DIO) sont quant à eux insérés à l’Ouest de Bagdad depuis fin février auprès des unités de l’Iraqi Counter Terrorism Service (ICTS). L’un des détachements est consacré à l’infanterie (avec des éléments du 2ème REP actuellement en rotation au sein des forces françaises aux Émirats Arabes Unis), l’autre au génie (lutte contre les engins explosifs improvisés via des éléments du 31ème RG).
 
 
Ils sont plus particulièrement présents auprès du centre de formation des Iraqi Special Operations Forces (ou ISOF), forces spéciales reconnaissables généralement à leur tenue noire (et non de couleur sable), qui sont censées être la pointe de diamant irakienne du contre-terrorisme.

lundi 16 mars 2015

Irak - Qui sont les nouveaux élèves et frères d'armes des militaires français ? (Partie 1)

En collaboration avec Arnaud Delalande (AéroHisto).
 
Dans le cadre de l’opération française Chammal visant à assurer depuis l’été dernier un soutien aux forces irakiennes dans leurs opérations contre l’organisation de l’Etat islamique (EI), la France a mis en place, en plus d'un appui aérien (renseignement et frappes), un volet de conseil et de formation auprès d’unités irakiennes.


Après avoir été mené principalement par des unités des forces spéciales (COS), ce volet a pris un nouveau tournant début 2015 avec un renforcement des effectifs, notamment via l’arrivée de militaires d’unités conventionnelles en plus grand nombre, et un changement d’ampleur avec des actions menées auprès de 3 types de forces.
 
Quelles sont-elles ? En quoi sont-elles l'illustration des importants défis qui attendent les forces de sécurité irakiennes dans les semaines, mois et années à venir ?

Avec la 6ème division, aux portes de la capitale et au-delà

Ce volet est composé tout d'abord d’une mission type "Advise and Assit" pour conseiller les états-majors de niveau brigade / division de la 6ème division, dans la planification et la conduite des opérations. Il s’agit d’une grande unité formée de 3 brigades, parmi la dizaine de divisions que comptent en théorie (du moins avant le choc de l’offensive de l’EI de 2014) les forces terrestres irakiennes (Iraqi Ground Forces).
 

mercredi 18 février 2015

Irak - Pour la France, équipier de 1er rang, l'engrenage est-il enclenché ? (+ MAJ)

Jeudi dernier, l’état-major des armées confirmait le déploiement à venir en Irak de 2 détachements d’instruction opérationnelle (DIO) - en plus d’un DIO déjà sur place depuis l’été, et du lancement d’une mission de type "Advise and Assist". Hier, il était évoqué par le même canal le déploiement à terme non plus de 3 DIO mais jusqu'à 5 DIO.
 
 
Au-delà de la communication opérationnelle qui lisse dans le temps de telles annonces en rien mineures (même si apprises en "catimini", sans déclaration de responsables politiques), gageons que l’engrenage ("Mission creep" pourrait dire les anglophones) qui est enclenché ne s’emballe pas. Rien n’est moins sûr devant l’ampleur de la tache dans la longue durée.
 
En quelques points (à compléter), pourquoi ne sont-elles pas "mineures" ?
 

jeudi 29 janvier 2015

Albacete - Au service de la France... Pour se souvenir du lieutenant Poignant, et de tous les autres (+MAJ)


MAJ : avant l'hommage rendu aux Invalides aux 9 aviateurs morts au service de la France dans ce tragique accident, le convoi funèbre passera le mardi 3 février à 8h sur le Pont Alexandre III. A cette occasion, il sera possible à chacun d'y rendre un hommage citoyen digne et silencieux pour ne pas oublier leur engagement.
 
Afin d'associer tous ceux qui ne peuvent s'y rendre, notamment ceux en province, chacun peut également (tout en respectant les mêmes principes de silence, de dignité et de non-récupération) s'y associer, par exemple, en se rendant au monument aux morts de sa commune afin de s'y recueillir.
 
 
Au lieutenant Poignant,
 
Peut-être parce que plusieurs de ceux qui vous ont connu, pour certains tout particulièrement, m'ont fait parvenir ces dernières heures des messages rappelant votre sourire, votre grand professionnalisme, votre sérieux, votre gentillesse, dont ils veulent se rappeler. Et comme nous avons sensiblement le même âge, la sensibilité est sans doute supérieure.
 
Peut-être parce que votre engagement (peu mentionné) durant 2 ans comme brigadier au sein de l'escadron de réserve du 12ème régiment de Cuirassiers (Olivet) de l'armée de Terre avant d'intégrer l'armée de l'Air est un exemple d'un engagement constant et cohérent au service de la France, quelque soit l'armée.
 
Peut-être parce qu'à l'heure où tant de jeunes cherchent des figures d'identification et un idéal pour donner du sens à ce qu'ils entreprennent, il est bon de se rappeler d'une telle vocation, même si votre modestie vous aurait peut-être empêché de le reconnaître. 
 
Peut-être parce qu'à quelques jours de la journée nationale du réserviste 2015 (ce 20 mars), et pour ne pas que les réservistes demeurent dans l'ombre, peu identifiables, pour trop d'entre nous, il est important de rappeler que ceux qui s'investissent, s'investissent souvent pleinement.
 
Définitivement, nous ne vous oublierons pas.
 
Et nous pensons, et présentons nos sincères condoléances, à votre famille, à vos proches cuirassiers et aviateurs (clin d'œil de l'Histoire qui rappelle que les premiers aviateurs, les pionniers de cette arme, étaient bien souvent issus de la Cavalerie), et à tous ceux qui vous ont connu.
 
Saluez les anges pour nous.
 
Et avec autant de sincérité, nous n'oublions pas les huit autres, eux aussi pleinement engagés au service de la France, et tous ceux frappés par ce tragique accident, aujourd'hui blessés et à qui nous souhaitons un prompt rétablissement.
 
PS : l'armée de l'Air a ouvert un Livre d'or où chacun peut rendre hommage, apporter son soutien ou exprimer sa sympathie envers les proches.

mardi 27 janvier 2015

France - Les sociétés de projet : seulement une moins mauvaise (mais tout de même mauvaise) solution ?

Au mieux un art simple, mais tout d’exécution, au pire une nouvelle étape dans un monde en mutation avec une nouvelle forme d’Etat dont les contours ne sont pas pleinement connus, cette incertitude étant perçue comme une source d’inquiétudes. Comme bien souvent, la réalité doit être quelque part entre les deux.
 
Ainsi pourraient être résumées les perceptions sur les différents niveaux (technique, politique et historique) de la future et probable mise en place des fameuses sociétés de projet (ou SPV pour Special purpose project). Elles sont censées être LA solution pour permettre d’atteindre le niveau promis du budget de la Défense.
 
 
Ce qui serait d'ailleurs une première, le report de charges (la dette interne de la Défense) augmentant chaque année depuis 2012 (comme sous le gouvernement précédent donc…) pour atteindre aujourd’hui plus de 3,5Md€ (soit environ 10% du budget annuel de base). A part pour les auto-persuadés, la sanctuarisation de ce budget est donc toujours une première à atteindre.
 
Au niveau technique
 
A écouter les rapporteurs de la bonne parole ministérielle, le principe est simple. Le ministère de la Défense revend des matériels acquis ou en cours d’acquisition à une société ad hoc, qui, après lui avoir versé le prix de ces achats, lui relouent immédiatement pour que les armées puissent en avoir l’usage.
 
Simple dans le principe, l’exécution l’est sans doute moins pour le moment, et gageons donc que la Cour des Comptes ne soit pas obligée dès 2016 ou 2017 de s’intéresser à ces "ovnis juridiques" (ici et ). Vous me direz, vu ce à quoi servent (hélas) les rapports de la Cour des Comptes…
 

lundi 19 janvier 2015

Entretien - Reconversion : pour que cela ne devienne pas un parcours du combattant...

Après 15 ans passés au sein de la Marine nationale, Cédric Debernard s'est reconverti dans le monde civil (intégrant notamment le groupe Total). Il accompagne aujourd'hui des militaires français en reconversion dans la vie civile via son cabinet "Je quitte la Défense" (JQLD) et à bien voulu répondre à quelques unes de nos questions sur la reconversion aujourd'hui.
 
 
Qu'est-ce que représente le dossier « reconversion » aujourd'hui pour les militaires français ?
 
Plus de 20.000 militaires quittent l’institution chaque année, toutes armes confondues (Terre, Air, Marine, Gendarmerie) d’après les chiffres de Défense Mobilité. Ces départs sont pour certains choisis, pour d’autres subis, mais quelque en soit la raison, il est vital de préparer sa reconversion, le secteur civil n’ayant ni la même culture, ni les mêmes modes de fonctionnement ou de communication que les armées.
 
Le dernier bilan annuel de Défense Mobilité indique un taux de reclassement de 68% (à + de 4 ans de service, à un an du départ, hors intégrations statutaires dans les fonctions publiques), ce qui est très honorable. En revanche, ce qu’il n’indique pas, c’est le temps qu’a pris le retour vers l’emploi, ou le type d’emploi occupé dans le civil. Or le vrai défi est là : être capable de se reclasser relativement rapidement, et à dans une nouvelle carrière correspondant aux attentes du militaire sur le départ.
 

jeudi 15 janvier 2015

Terrorisme - De quoi le plan Vigipirate actuel est-il le nom ? (+MAJ 1, 2 et 3)

Elément parmi d’autres d’un dispositif national de réponse, « le plan gouvernemental de vigilance, de prévention et de protection face aux menaces d’actions terroristes » Vigipirate (cf. ici), comme mené en l’état actuel par les 3 armées (à différencier de la notion de "forces armées"), est révélateur de plusieurs points.

FAMAS Felin, optiques EOTECH, gilet Ciras pour ces marsouins...

1/ Atteindre les limites du modèle, sans être (partout) aux limites du contrat opérationnel

Pour permettre cette multiplication, extrêmement rapide, par 10 des effectifs militaires déployés dans le cadre du plan Vigipirate, des unités ont dû quitter rapidement les centres d’entraînement où elles étaient entrain de se préparer à des déploiements à venir, le dispositif d’alerte comme conçu et armé ne suffisant pas à 1ère vue pleinement pour atteindre le format visé.

Le contrat 10.000H (ce chiffre comptant uniquement les forces terrestres) en cas de crise majeure est donc aujourd'hui atteint, et impacte la bonne tenue des autres contrats comme définis dans le Livre blanc de 2013, que cela soit celui de gestion de crise (aujourd’hui quasiment dépassé pour bon nombre de capacités : hélicoptères, avions de transport, service de santé, etc.) ou de coercition (aujourd’hui non strictement déclenché mais mis à mal car servant à remplir l'autre), notamment du fait des difficultés de régénération des personnels et des matériels.
 

mercredi 24 décembre 2014

Joyeux (et saint) Noël à tous - Rétrospective 2014 et #SoutienAuxSoldatsEnOPEX

Avec un peu d'avance, un très joyeux (et saint) Noël à tous.
Une pensée particulière pour tous ceux qui seront, pour nous, loin de chez eux en ces moments.


2014 se termine, une année riche en réflexions, échanges et rencontres, que cela soit dans ses pages, ou via le compte Twitter ou la page Facebook associés.

Pour patienter avant 2015, voici les articles les plus consultés de 2014 (en gageant que le nombre de consultation soit dû au fait que vous les avez apprécié) :

1. VAB Ultima en Centrafrique - L'exemple d'un compromis difficilement trouvable ? (07 avril 2014)

2. Mali - Militaires français, tchadiens et maliens face à une guérilla... (31 mars 2014)

3. Entretien - Les sapeurs français en Afghanistan (Christophe Lafaye) (8 septembre 2014)

4. Centrafrique : exemple-type de ce qu'il ne faut pas faire ? (19 février 2014)

5. Ukraine-Crimée : c'est maintenant que tout commence... (3 mars 2014)

6. FELIN - La reine a pris trop de poids (3 septembre 2014)

7. Budget de la Défense - Face au mur, n'accélérons pas pour foncer dedans collectivement ! (16 mai 2014)

8. About the operation Serval in Mali - Interview with Michael Shurkin (Rand) (28 octobre 2014)

9. La France peut-elle remonter en puissance sur le plan militaire ? (entretien) (16 juillet 2014)

10. Irak - Faut-il rajouter des bâtons de dynamite dans la chaudière ? (23 septembre 2014)

11. Iraq - About attack helicopters: is it for 'vampire' deployment? (06 octobre 2014)

Pour ceux qui voudraient se replonger dans ceux de l'année dernière, c'est ici : la France aux Philippines, la Gendarmerie mobile en RCA, les dernières opérations françaises en RCA, les relations entre politiques et militaires, les chars kafkaiens de l'US Army, le LBDSN et la LPM 2014-2019, etc.
A l'année prochaine !

samedi 20 décembre 2014

Expression des militaires - A propos des 7 derniers gladiateurs

Depuis le départ récent à la retraite de l'un et le passage en 2ème section de l'autre, il n'y a plus que 7 blogs tenus par des militaires - hors Gendarmerie - encore en activité et ayant un rythme de publications non erratique.

Dommage.

Un jugement qui ne néglige évidemment pas l'apport que représente les jeunes ou moins jeunes retraités de tous grades qui en tiennent un, ainsi que les officiers généraux en 2ème section.

Traitant de sujets extrêmement divers (Histoire, cyber, tactique, OTAN, etc.),  les 7 derniers (si je n'en ai pas manqué) sont :
Ils sont tous tenus par des Terriens, n'ayant pas, d'une certaine façon, attendu le récent lancement du pôle Rayonnement de l'armée de Terre, une initiative à 1ère vue prometteuse.



mercredi 17 décembre 2014

En Afghanistan avec les Oies sauvages - Entretien avec le colonel Haberey (+ MAJ)

De juin à novembre 2012, le colonel Gilles Haberey était en Afghanistan à la tête du groupement Oies sauvages, constitué autour du 92ème régiment d'Infanterie (Clermont-Ferrand). Il y conduit la délicate phase de retrait de certains des derniers postes français tenus en-dehors de la capitale afghane et de leur transfert aux militaires afghans.


Dans un ouvrage tout juste publié, "Combats asymétriques en Afghanistan" (chez Nuvis), il revient sur les différentes phases de cette mission, mettant très concrètement l'humain (le chef face aux responsabilités, le combattant face à la mort, le militaire afghan face à ses choix, etc.) au cœur de cette expérience. Il a bien voulu répondre à quelques unes de nos questions.

1/ Tout d'abord, mon colonel, pourquoi avoir écrit un tel ouvrage ?


J’ai souhaité rédiger cet ouvrage principalement pour mettre à l’honneur les hommes que j’ai commandé et qui m’ont suivi, officiers, sous-officiers et soldats, dans le cadre d’une mission complexe d’où le danger physique n’était pas absent. Ensuite, après avoir longuement échangé avec des amis, j’ai été encouragé à partager par écrit ce vécu et les réflexions qui furent les miennes, afin que l’expérience ne disparaisse pas avec le temps et puisse servir, au moins en partie, à d’autres.

lundi 15 décembre 2014

Pour une guerre des chiffres, il faut des chiffres et une guerre…


Hier, c’était "De mai 2009 à mai 2010, les prises à partie en Afghanistan augmentent de 80%. Entre mars et juin 2010, 121 chefs insurgés sont éliminés par les forces spéciales. Enfin, entre septembre 2008 et mars 2010, des sondages effectués auprès des populations locales indiquent que le taux de satisfaction concernant la sécurité passe de 35% à 43%".

Et avant-hier, c’était "Entre janvier 1964 et janvier 1965, le nombre mensuel d’incidents (embuscades, tirs de harcèlement, mines, etc.) contre les unités américaines et celles de l’ARVN (Armée de la République du Viêtnam) passe de 1.600 à 2.000, le nombre d’ennemis tués d’environ 1 250 à 2 150 par mois et le nombre d’armes saisies double".

A chaque fois : "Oui, peut-être, et alors ?".

C’est principalement à partir d’indicateurs chiffrés comme ceux-ci que l’évolution de ces guerres est ou a été évaluée, par les militaires, par les responsables politiques comme par les opinions, notamment via une reprise, avec une, hélas, très rare mise en perspective (tendances, comparaisons, etc.), dans la presse, les communiqués, etc. Aujourd’hui, ces metrics, pour reprendre l’anglicisme, ne sont plus seulement des aides utilisées avec plus ou moins d’efficacité par tous les niveaux décisionnels, ils sont devenus de véritables objets politiques qui se heurtent malgré tout à la nature immuable de cette activité humaine qu’est la guerre. Souvent, ils permettent, au mieux, d’entretenir le brouillard de la guerre plus que de le lever (parfois sciemment pour éviter de poser les douloureuses questions), au pire, via des biais de perceptions (notamment dans leurs édifications : ne pas faire pire qu’avant, etc.), de s’enferrer dans de dangereuses illusions sur les fins.

vendredi 5 décembre 2014

Entretien - Où en est-on de l'Europe spatiale ? avec Guilhem Penent

Cet entretien avec Guilhem Penent, doctorant en sciences politiques, chercheur associé à l'IFRI, rédacteur du blog De la Terre à la Lune et auteur du récent L’Europe spatiale : le déclin ou le sursaut (Edition Argos), a été réalisé en collaboration avec le blog Ultima Ratio.
 
Quelques jours après la décision politique du lancement du lanceur Ariane 6 d'ici 2020, il développe quelques unes des grandes problématiques de l'Europe spatiale, civile et militaire, secteur où la France tient encore aujourd'hui l'un des rôles majeurs.
 
 
1/ A l’objectif pour l’Europe "d’autonomie dans l’espace", vous préférez celui de "maîtrise de l’espace". En quoi cette distinction permet de donner l’orientation nécessaire pour mener les futurs efforts nécessaires ?

Permettez-moi tout d’abord de rappeler que plusieurs logiques guident l’effort de l’Europe spatiale et l’autonomie n’est pas nécessairement celle qui est la plus souvent mise en avant ou la plus à même de mobiliser. Elle n’est pas non plus la première historiquement puisque c’est à la recherche scientifique que la première agence spatiale européenne, l’ESRO, constituée il y a exactement cinquante ans sur le modèle du CERN, était consacrée. Ce n’est pas un hasard si l’organisation qui lui a succédé en 1975 sous le nom de l’ESA s’est construite autour d’un programme scientifique obligatoire qui est considéré de ce fait comme la colonne vertébrale soutenant tout l’ensemble.

Vous avez toutefois raison de sous-entendre que l’objectif d’autonomie a joué un rôle essentiel dans la construction du spatial en Europe. Ainsi, le succès de la sonde Rosetta ne montre pas seulement que l’Agence spatiale européenne est capable de grande prouesse en tant que structure dédiée à la coopération scientifique et technologique, il est aussi la preuve que les Européens qui ont beaucoup souffert par le passé des revirements à répétition de la NASA n’ont pas besoin d’aide pour être ambitieux et peuvent grâce notamment au programme Ariane explorer seuls l’univers. Aussi "l’autonomie" émerge-t-elle assez naturellement comme le principe politique fondateur sans lequel l’édification d’une politique spatiale digne de ce nom ne serait pas possible.

lundi 24 novembre 2014

Entretien - En poste auprès des unités méharistes maliennes

Le lieutenant-colonel Paul Pierre Valli, aujourd’hui à la retraite, a été un des derniers militaires français à avoir été le conseiller militaire auprès de la garde nationale du Mali (GNM) de 2005 à 2007. Il a bien voulu répondre à quelques-unes de nos questions, alors qu’au travers l’opération Barkhane, les militaires français réinvestissent, pour plusieurs années, les étendues désertiques, mais pas vides de populations, du Sahara.

Mon colonel, qu’elle était votre mission ?

J'ai été affecté via la DCMD (ndlr : Direction de la coopération militaire et de défense, organisme rattaché au ministère des affaires étrangères, aujourd’hui devenu Direction de la coopération de sécurité et de défense) à l'été 2005 sur le poste "mythique" de conseiller militaire auprès du colonel commandant la GNM au Mali. J’y suis resté deux ans.


Ma mission était d'apporter à cette unité prestigieuse un soutien financier et donc diplomatique directement par le biais de projets au profit de l'état-major et des unités de la GNM. Le souhait de la DCMD était en fait de pérenniser et de soutenir les 6 unités méharistes installées aux frontières du Nord du pays